surtout dans le Sud et aux Îles
Ce que l’on teste
Et si les mêmes voix de 2026 étaient traduites avec des règles un peu différentes ? La question paraît technique, mais elle touche à quelque chose de très concret : quelles listes auraient des élus, lesquelles resteraient dehors, et est-ce que cela changerait vraiment les équilibres politiques ?
Nous allons construire des scénarios de “politique fiction” afin d’objectiver les enjeux de deux critiques ayant pu être formulées sur les élections Provinciales.
La première porte sur l’effacement des petites listes : en Nouvelle-Calédonie, une liste doit atteindre 5 % des inscrits pour participer à la répartition des sièges, ce qui est plus exigeant qu’un seuil calculé sur les seuls suffrages exprimés. Cependant, dans beaucoup de systèmes proportionnels, quand un seuil légal existe, il est plutôt présenté comme une part des votes exprimés ou valablement exprimés, pas comme une part de tous les inscrits. Quelle serait la composition des assemblées si le seuil correspondait à la part des exprimés et non des inscrits ?
La deuxième critique vise le poids des provinces au Congrès et la question d’une éventuelle sous-représentation de la Province Sud, si l’on rapporte le nombre d’élus au congrès au nombre d’inscrits, un électeur des Îles dispose d’environ 1,4 fois plus de représentation qu’un électeur du Sud, tandis qu’un électeur du Nord en dispose d’environ 1,5 fois plus. On peut donc parler d’une légère sur-représentation des Provinces Nord et Iles au congrès. Que se passerait t-il si cette dernière était “corrigée” voire n’existait pas ? Les équilibres seraient t-ils vraiment bouleversés ?
Pour objectiver ces deux critiques, nous allons nous exercer à simuler la distribution des sièges des différentes assemblées en changeant seulement la règle qui transforme ces voix en sièges.
Les scénarios testés reprennent des briques simples : seuil légal à 5 % des inscrits, seuils à 5 % ou 3 % des exprimés, répartition à la plus forte moyenne, comparaison avec Sainte-Laguë.
On peut en effet attribuer des sièges selon différentes formules dites de “la plus forte moyenne” : il y a la méthode Jefferson/D’Hondt, c’est la formule la plus proche du système actuel : on divise les voix de chaque liste par 1, puis 2, puis 3, et ainsi de suite ; les plus grands quotients prennent les sièges. Elle donne une petite prime aux listes les plus fortes. On compare ici avec la formule Sainte-Laguë, qui fait le même exercice, mais avec 1, puis 3, puis 5 : les derniers sièges deviennent un peu plus accessibles aux listes moyennes.
Pour répondre à la question de la “sous-représentation de la Province Sud”, nous allons également simuler le scénario de redistribution de sièges prévus par l’ex-accord de Bougival, ainsi que l’hypothèse d’un Congrès réparti directement à l’échelle NC, sans clé provinciale.
8 iraient à des listes aujourd'hui sans élu provincial
si le seuil provincial passait à 3 % des exprimés
à 3 % des exprimés NC
Chaque point dans les demi-cercles représente un siège. Le scénario actuel correspond au système légal : clé provinciale, seuil à 5 % des inscrits et répartition à la plus forte moyenne. Les autres panneaux changent un seul étage à la fois : le seuil, l’échelle territoriale, ou la formule de répartition.
La lecture la plus simple est la suivante. La critique sur les petites listes est celle que les simulations confirment le plus nettement : modifier le seuil ferait entrer plusieurs voix aujourd’hui sans élu, surtout dans le Sud.
La critique sur le poids des provinces est plus nuancée : supprimer la clé provinciale changerait certains sièges, mais son effet dépend en réalité surtout du seuil retenu.
1. D’abord, les assemblées provinciales
Avant même de parler du Congrès, le seuil change la composition des assemblées de province. C’est important, car le Congrès n’est pas élu séparément dans le système actuel : il est extrait des élus provinciaux. Si une liste n’entre pas dans son assemblée de province, elle ne peut pas ensuite peser au Congrès.
Assemblée de la Province Sud : 40 sièges. Les variantes Sainte-Laguë apparaissent car elles changent la répartition.
Dans le Sud, l’effet serait le plus visible. À 5 % des exprimés, Nous, réunis entrerait à l’assemblée provinciale avec 2 sièges. LL-LR resterait très largement en tête, mais passerait de 28 à 25 sièges.
À 3 %, le changement devient plus parlant : Une Province pour tous, Faire Pays et l’UNI / Palika obtiendraient aussi des élus. Ce n’est pas une alternance automatique : LL-LR resterait au niveau de la majorité absolue ou au-dessus selon la formule. Mais l’assemblée deviendrait beaucoup moins monocolore.
Assemblée de la Province Nord : 22 sièges. À 5 %, Sainte-Laguë donne ici le même résultat que Jefferson/D’Hondt ; la variante n’est donc pas affichée.
Dans le Nord, l’effet est plus limité. Les équilibres restent clairement dominés par les listes indépendantistes. À 3 %, Alternative Nord entrerait avec 1 siège ; avec Sainte-Laguë, Faire Pays pourrait aussi obtenir un siège. On parle donc d’une représentation plus fine, pas d’une bascule provinciale.
Assemblée de la Province des Îles : 14 sièges. Le seuil à 3 % et Sainte-Laguë donnent ici la même composition que le seuil à 5 %.
Aux Îles, l’effet principal tient en une phrase : l’UCC entrerait avec 1 siège. Le rapport de force principal resterait le même, mais l’assemblée serait un peu moins concentrée entre UC-FLNKS / FLNKS et Nation autochtone. Le passage de 5 % à 3 % ne change rien de plus ici.
Voir le détail des écarts entre Jefferson/D'Hondt et Sainte-Laguë
| Province | Scénario | Groupe | Jefferson | Sainte-Laguë | Écart |
|---|---|---|---|---|---|
| Province Sud | 5 % inscrits | UC-FLNKS / FLNKS | 7 | 8 | +1 |
| Province Sud | 5 % inscrits | LL-LR | 28 | 27 | -1 |
| Province Sud | 5 % exprimés | Nous, réunis | 2 | 3 | +1 |
| Province Sud | 5 % exprimés | LL-LR | 25 | 24 | -1 |
| Province Sud | 3 % exprimés | LL-LR | 23 | 21 | -2 |
| Province Sud | 3 % exprimés | UNI / Palika | 1 | 2 | +1 |
| Province Sud | 3 % exprimés | Faire Pays | 1 | 2 | +1 |
| Province Nord | 5 % inscrits | LL-LR | 3 | 4 | +1 |
| Province Nord | 5 % inscrits | UNI / Palika | 9 | 8 | -1 |
| Province Nord | 3 % exprimés | Faire Pays | 0 | 1 | +1 |
| Province Nord | 3 % exprimés | LL-LR | 4 | 3 | -1 |
| Province des Iles | 5 % inscrits | UCC | 0 | 1 | +1 |
| Province des Iles | 5 % inscrits | UNI / Palika | 2 | 3 | +1 |
| Province des Iles | 5 % inscrits | Nation autochtone | 6 | 5 | -1 |
| Province des Iles | 5 % inscrits | UC-FLNKS / FLNKS | 6 | 5 | -1 |
Ce premier niveau de lecture est utile : le seuil à 5 % corrigerait déjà quelques exclusions, mais surtout dans le Sud et aux Îles. Le seuil à 3 % aurait un effet plus net : 10 sièges provinciaux changeraient de main avec Jefferson/D’Hondt, dont 8 pour des listes sans élu provincial actuel. Sainte-Laguë accentuerait encore cette logique, en particulier dans le Sud.
2. Le Congrès avec la clé provinciale actuelle
Le système actuel du Congrès part ensuite des provinces : 32 sièges viennent du Sud, 15 du Nord et 7 des Îles. Dans cette deuxième étape, je conserve cette clé territoriale. La première comparaison garde donc le seuil légal à 5 % des inscrits ; les suivantes remplacent seulement ce seuil par 5 %, puis 3 % des exprimés dans chaque province.
C’est la modification institutionnelle la plus prudente : on ne remet pas en cause le poids des provinces dans le Congrès, on change seulement la porte d’entrée dans la répartition. Elle permet aussi de séparer deux questions souvent mélangées : le seuil exclut-il trop de listes ? Et la formule de répartition donne-t-elle une prime trop forte aux listes arrivées en tête ?
Chaque demi-cercle représente les 54 sièges du Congrès. La clé provinciale 32/15/7 est conservée ; le système actuel correspond au seuil de 5 % des inscrits avec Jefferson/D’Hondt.
Avec le seuil légal à 5 % des inscrits, le recalcul Jefferson/D’Hondt retrouve bien la composition actuelle du Congrès. C’est le point de départ : la loi organique combine trois circonscriptions provinciales, un seuil en inscrits et une répartition à la plus forte moyenne.
Si l’on garde exactement ce seuil, mais que l’on remplace Jefferson/D’Hondt par Sainte-Laguë, les changements restent limités : 2 sièges seulement changeraient de groupe. L’UNI / Palika et l’UCC seraient un peu mieux traitées, au détriment de l’UC-FLNKS / FLNKS et de Nation autochtone. Autrement dit, la formule compte, mais elle ne bouleverse pas à elle seule la structure du Congrès.
Le passage à 5 % des exprimés produirait une correction plus lisible : 2 sièges changeraient de main. Le cas le plus concret serait Nous, réunis, qui entrerait avec 2 sièges. Mais les grands équilibres resteraient quasiment les mêmes.
Le seuil à 3 % serait plus visible : Nous, réunis resterait représenté, et Une Province pour tous comme Faire Pays gagneraient aussi un siège. Là encore, ce n’est pas un renversement automatique. C’est plutôt un Congrès moins concentré, avec davantage de groupes nécessaires pour construire des accords.
Voir le détail des écarts entre Jefferson/D'Hondt et Sainte-Laguë
| Scénario | Groupe | Jefferson | Sainte-Laguë | Écart |
|---|---|---|---|---|
| 5 % inscrits | UCC | 0 | 1 | +1 |
| 5 % inscrits | UNI / Palika | 7 | 8 | +1 |
| 5 % inscrits | Nation autochtone | 3 | 2 | -1 |
| 5 % inscrits | UC-FLNKS / FLNKS | 16 | 15 | -1 |
| 5 % exprimés | UC-FLNKS / FLNKS | 16 | 14 | -2 |
| 5 % exprimés | UCC | 0 | 1 | +1 |
| 5 % exprimés | UNI / Palika | 7 | 8 | +1 |
| 5 % exprimés | LL-LR | 22 | 23 | +1 |
| 5 % exprimés | Nation autochtone | 3 | 2 | -1 |
| 3 % exprimés | UC-FLNKS / FLNKS | 15 | 13 | -2 |
| 3 % exprimés | LL-LR | 21 | 19 | -2 |
| 3 % exprimés | Alternative Nord | 0 | 1 | +1 |
| 3 % exprimés | UCC | 0 | 1 | +1 |
| 3 % exprimés | Faire Pays | 1 | 2 | +1 |
| 3 % exprimés | Éveil océanien | 3 | 4 | +1 |
| 3 % exprimés | Une Province pour tous | 1 | 2 | +1 |
| 3 % exprimés | Nation autochtone | 3 | 2 | -1 |
Avec Sainte-Laguë, cette logique est un peu accentuée : les derniers sièges vont plus facilement vers les listes moyennes. C’est utile à regarder, mais la conclusion reste la même : on pluralise le Congrès plus qu’on ne le fait basculer.
3. La clé Bougival : autre poids des provinces, mêmes tests de seuil
L’une des réformes envisagées dans l’ex-accord de Bougival était d’augmenter la représentation du Sud au Congrès, le Congrès serait passé de 54 à 56 membres, avec 37 élus issus du Sud, 14 du Nord et 5 des Îles, au lieu de 32 / 15 / 7 aujourd’hui.
On reprend donc ici les résultats des Provinciales 2026 selon cette répartition avec différents scénarios: seuil légal à 5 % des inscrits dans chaque province, puis seuils à 5 % et 3 % des exprimés, avec comparaison entre Jefferson/D’Hondt et Sainte-Laguë quand la formule change l’attribution des sièges.
Chaque demi-cercle représente le Congrès : 54 sièges dans le système actuel, 56 avec la clé Bougival 37/14/5. Les variantes reprennent les seuils à 5 % des inscrits, 5 % des exprimés et 3 % des exprimés.
Avec le seuil légal à 5 % des inscrits, le changement serait réel, mais pas illimité. LL-LR passerait de 24 à 27 sièges. L’Éveil océanien gagnerait aussi un siège, de 4 à 5. En face, l’UC-FLNKS / FLNKS perdrait un siège et Nation autochtone passerait de 3 à 2 sièges.
Il faut lire ces mouvements avec une précaution : le Congrès gagne aussi deux sièges au total. Les groupes gagnants progressent de 4 sièges, mais seulement deux sièges sont effectivement retirés à des groupes déjà représentés. LL-LR resterait en dessous de la majorité absolue à lui seul : 27 sièges sur 56, alors qu’il en faudrait 29. En revanche, si LL-LR et l’Éveil océanien votaient ensemble, leur poids passerait de 28 sièges sur 54 à 32 sur 56.
Quand on remplace le seuil en inscrits par un seuil en exprimés, la clé Bougival ne se contente plus de déplacer le poids entre provinces : elle laisse aussi entrer davantage de listes dans la répartition. À 5 % des exprimés, 4 sièges changeraient de main par rapport au Congrès actuel ; à 3 %, ce serait 6. Dans les deux cas, l’effet territorial de la clé 37/14/5 se combine donc avec l’effet du seuil : plus de sièges issus du Sud, mais aussi une représentation moins fermée pour les listes moyennes.
Voir l'écart Jefferson/D'Hondt contre Sainte-Laguë avec la clé Bougival
| Scénario | Groupe | Jefferson | Sainte-Laguë | Écart |
|---|---|---|---|---|
| Bougival, 5 % inscrits | UC-FLNKS / FLNKS | 15 | 16 | +1 |
| Bougival, 5 % inscrits | UNI / Palika | 7 | 6 | -1 |
| Bougival, 5 % exprimés | Éveil océanien | 4 | 5 | +1 |
| Bougival, 5 % exprimés | UNI / Palika | 7 | 6 | -1 |
| Bougival, 3 % exprimés | LL-LR | 23 | 21 | -2 |
| Bougival, 3 % exprimés | Alternative Nord | 0 | 1 | +1 |
| Bougival, 3 % exprimés | Faire Pays | 1 | 2 | +1 |
La formule de répartition reste un effet de second rang, mais elle n’est pas nulle. Avec la clé Bougival, Sainte-Laguë déplacerait 1 siège au seuil légal, 1 siège à 5 % des exprimés et 2 siège à 3 % des exprimés. C’est intéressant politiquement pour les derniers sièges, mais cela ne modifie pas la leçon principale : la clé Bougival renforce le poids du Sud au Congrès, surtout au bénéfice de LL-LR, mais n’aurait pas forcément produit de majorité absolue à leur seule bénéfice.
Voir le tableau complet des simulations du Congrès
| Groupe simulé | Voix | % exprimés NC | Actuel | Prov. 5 % inscr. | Prov. 5 % expr. | Prov. 3 % expr. | Sans clé prov. 5 % inscr. | Sans clé prov. 5 % expr. | Sans clé prov. 3 % expr. | Bougival 5 % inscr. | Bougival 5 % expr. | Bougival 3 % expr. |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| LL-LR | 45 555 | 37,8 % | 24 | 24 | 22 | 21 | 28 | 26 | 23 | 27 | 26 | 23 |
| UC-FLNKS / FLNKS | 27 206 | 22,6 % | 16 | 16 | 16 | 15 | 17 | 16 | 13 | 15 | 15 | 14 |
| UNI / Palika | 15 201 | 12,6 % | 7 | 7 | 7 | 8 | 9 | 8 | 7 | 7 | 7 | 8 |
| Éveil océanien | 8 399 | 7,0 % | 4 | 4 | 4 | 3 | 0 | 4 | 4 | 5 | 4 | 4 |
| Nous, réunis | 4 554 | 3,8 % | 0 | 0 | 2 | 2 | 0 | 0 | 2 | 0 | 2 | 2 |
| Faire Pays | 4 428 | 3,7 % | 0 | 0 | 0 | 1 | 0 | 0 | 2 | 0 | 0 | 1 |
| Une Province pour tous | 3 887 | 3,2 % | 0 | 0 | 0 | 1 | 0 | 0 | 2 | 0 | 0 | 2 |
| Nation autochtone | 3 855 | 3,2 % | 3 | 3 | 3 | 3 | 0 | 0 | 1 | 2 | 2 | 2 |
| Un espoir pour demain | 1 520 | 1,3 % | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Alternative Nord | 1 239 | 1,0 % | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| UCC | 1 165 | 1,0 % | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Pour une Calédonie française | 1 158 | 1,0 % | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| SKNC | 1 003 | 0,8 % | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
4. Le Congrès sans clé provinciale
La dernière simulation change plus profondément l’échelle : les 54 sièges du Congrès sont répartis directement à partir des voix additionnées sur toute la Nouvelle-Calédonie, sans réserver à l’avance 32 sièges au Sud, 15 au Nord et 7 aux Îles. Dit autrement, c’est l’hypothèse technique d’une circonscription unique : on enlève la clé provinciale et on répartit les sièges à l’échelle NC.
Les groupes sont agrégés uniquement quand la continuité politique est explicite : LL-LR Sud et Nord ensemble ; UC-FLNKS / FLNKS ensemble ; UNI / Palika ensemble ; Faire Pays Sud et Nord ensemble. Les listes du centre sudiste restent séparées.
Ici, on ne corrige plus seulement le seuil d’accès : on transforme des rapports de force provinciaux en un seul marché électoral calédonien. Pour être comparable avec le système actuel, je teste d’abord 5 % des inscrits à l’échelle NC, puis 5 % et 3 % des exprimés NC.
Précisons que ces scénarios restent assez peu réalistes, car si les élections étaient configurées de cette façon, les alliances entre différents mouvements politiques à l’échelle territoriale seraient sans doute bien plus importantes afin d’assurer une présence électorale partout. Les scénarios testés ici vont en effet s’avérer très pénalisants pour les mouvements présents sur une seule Province.
Chaque demi-cercle représente les 54 sièges du Congrès. Ici les voix sont additionnées à l’échelle NC avant la répartition des sièges, sans quota de sièges par province.
Avec un seuil à 5 % des inscrits NC, un Congrès sans clé provinciale devient très sélectif. Seuls trois groupes franchiraient la barre : LL-LR, UC-FLNKS / FLNKS et UNI / Palika. L’Éveil océanien, pourtant représenté aujourd’hui, passerait sous le seuil national en inscrits. Dans cette hypothèse, LL-LR atteindrait même 28 sièges, soit la majorité absolue du Congrès.
Avec un seuil à 5 % des exprimés NC, le Congrès ne devient pas beaucoup plus fragmenté. Il se resserre autour de quatre groupes : LL-LR, UC-FLNKS / FLNKS, UNI / Palika et l’Éveil océanien. C’est le paradoxe de ce scénario : additionner toutes les voix à l’échelle NC peut paraître plus proportionnel, mais le seuil national efface des forces très implantées localement, comme Nation autochtone aux Îles.
À 3 %, la répartition sans clé provinciale devient beaucoup plus ouverte : Nous, réunis, Faire Pays et Une Province pour tous entrent chacun avec 2 sièges. Mais cela ne crée pas un nouveau bloc majoritaire. Cela rend plutôt le Congrès plus éclaté, avec plus de petites forces autour des grands ensembles.
Voir le détail des écarts entre Jefferson/D'Hondt et Sainte-Laguë
| Scénario | Groupe | Jefferson | Sainte-Laguë | Écart |
|---|---|---|---|---|
| 5 % exprimés | UNI / Palika | 8 | 9 | +1 |
| 5 % exprimés | Éveil océanien | 4 | 5 | +1 |
| 5 % exprimés | UC-FLNKS / FLNKS | 16 | 15 | -1 |
| 5 % exprimés | LL-LR | 26 | 25 | -1 |
| 3 % exprimés | Nation autochtone | 1 | 2 | +1 |
| 3 % exprimés | LL-LR | 23 | 22 | -1 |
Dans ce scénario, le seuil compte plus que la formule. À 5 % des inscrits, Sainte-Laguë donne ici la même image que Jefferson/D’Hondt : le filtre est tellement haut que seules trois listes restent dans la répartition. À 5 % des exprimés, Sainte-Laguë déplace seulement un siège de LL-LR vers l’Éveil océanien. L’important est ailleurs : une répartition sans clé provinciale à 3 % ferait revenir plusieurs voix aujourd’hui sans siège, surtout au Sud, tout en laissant l’Éveil océanien en position de charnière.
Ce que la simulation montre
Sur la première critique, celle de l’effacement des petites listes, les simulations sont assez nettes. Un seuil provincial en exprimés ferait entrer une partie des voix aujourd’hui sans siège, surtout dans le Sud, et cela se verrait d’abord dans les assemblées provinciales. Nous, réunis, Une Province pour tous, Faire Pays, l’UNI au Sud, puis selon les cas l’UCC ou Alternative Nord, pourraient exister institutionnellement.
C’est là que le changement serait le plus concret. Passer d’un seuil de 5 % des inscrits à un seuil de 5 % des exprimés ne change pas seulement une ligne juridique : cela baisse la barre d’entrée dans une élection où l’abstention pèse. À 3 %, l’effet devient encore plus visible. On réduit la concentration de la représentation, sans pour autant fabriquer automatiquement une alternance.
Sur la deuxième critique, celle d’une “distorsion” territoriale du Congrès, la réponse est plus nuancée.
Avec la clé Bougival qui augmente la part des sièges issus du Sud, LL-LR gagnerait 3 sièges, l’Éveil océanien 1, tandis que l’UC-FLNKS / FLNKS et Nation autochtone reculeraient d’un siège chacun. Avec des seuils en exprimés, l’effet devient plus composite : on garde la prime territoriale au Sud, mais on rouvre aussi l’accès aux listes aujourd’hui sous le seuil en inscrits. C’est significatif, mais ce n’est pas un basculement total : LL-LR ne serait pas majoritaire seul avec la clé Bougival au seuil légal, et la logique provinciale continuerait à protéger des ancrages territoriaux.
Une répartition sans clé provinciale bougerait plus significativement la composition, mais son effet dépend d’abord du seuil. À 5 % des inscrits, elle serait très brutale : elle exclurait l’Éveil océanien et Nation autochtone, et donnerait à LL-LR une majorité absolue mécanique. À 5 % des exprimés, elle paraît plus proportionnelle parce qu’elle additionne toutes les voix, mais elle reste dure pour les ancrages territoriaux sous le seuil, comme Nation autochtone. À 3 %, elle rouvre le jeu aux listes moyennes, surtout sudistes, mais sans créer une majorité nouvelle et homogène.
La comparaison Jefferson/Sainte-Laguë ajoute une nuance importante. Jefferson/D’Hondt concentre un peu plus les sièges autour des listes en tête. Sainte-Laguë rend les derniers sièges plus accessibles et peut changer l’identité des élus marginaux. Dans cette simulation, la méthode joue surtout sur les sièges de bord : elle ne remplace jamais l’effet massif du seuil, mais elle peut décider quelle liste obtient le dernier siège dans une province.
La vraie conclusion est donc moins simple que le débat public ne le laisse parfois entendre. Oui, certaines règles peuvent exclure ou faire entrer des listes, et cet effet est important. Non, modifier le poids des provinces n’a pas un effet unique et évident : sans clé provinciale et avec 5 % des inscrits, cela concentre énormément ; avec la clé Bougival, cela renforce surtout le Sud en conservant l’architecture provinciale ; avec des seuils en exprimés, cela pluralise davantage, y compris dans l’hypothèse Bougival. La composition dépend autant du territoire électoral, du seuil et de la méthode que du rapport de force brut.
Méthode et sources
Les voix utilisées sont celles des résultats complets officiels des provinciales 2026. Le point de départ est le cadre de la loi organique : les trois provinces sont les circonscriptions électorales, les sièges sont répartis à la proportionnelle selon la règle de la plus forte moyenne, et les listes qui n’atteignent pas 5 % des électeurs inscrits ne participent pas à la répartition des sièges.
Ce seuil en part des inscrits est précisément l’une des raisons de la simulation. Il est plus exigeant qu’un seuil calculé sur les seuls suffrages exprimés, surtout quand la participation baisse. Dans les comparaisons internationales, les seuils proportionnels sont généralement décrits comme une part des votes obtenus par les listes ; et, dans les règles communes des élections européennes, les seuils nationaux éventuels vont jusqu’à 5 % des suffrages valablement exprimés, avec des exemples nationaux à 5 %, 4 %, 3 %, voire sans seuil.
La première simulation porte sur les assemblées provinciales elles-mêmes : 40 sièges au Sud, 22 au Nord et 14 aux Îles, avec un seuil à 5 % ou 3 % des exprimés dans chaque province.
La deuxième simulation conserve la clé actuelle du Congrès par province : 32 sièges pour le Sud, 15 pour le Nord et 7 pour les Îles. Elle compare trois seuils : 5 % des inscrits, qui correspond au système légal ; 5 % des exprimés ; puis 3 % des exprimés.
La troisième simulation reprend la nouvelle clé de sièges au Congrès évoquée dans l’accord de Bougival : 37 sièges issus du Sud, 14 du Nord et 5 des Îles, soit 56 membres du Congrès. Pour isoler cet effet territorial tout en gardant une comparaison complète, je teste le seuil légal de 5 % des inscrits, puis 5 % et 3 % des exprimés, sans modifier les voix de 2026.
La quatrième simulation conserve les 54 sièges du Congrès, mais les répartit directement à l’échelle NC, sans clé provinciale. C’est l’équivalent d’une circonscription unique. Là aussi, je teste 5 % des inscrits, 5 % des exprimés, 3 % des exprimés, puis l’absence de seuil pour le test de proportionnelle intégrale.
Dans les quatre niveaux, je compare deux formules. Elles appartiennent à la famille des méthodes de “plus forte moyenne” : on divise les voix de chaque liste par une série de nombres, puis on attribue les sièges aux plus grands quotients jusqu’à remplir l’assemblée.
Jefferson/D’Hondt utilise les diviseurs 1, 2, 3, 4… C’est une formule très répandue : le service de recherche du Parlement européen indique par exemple qu’elle est utilisée par quinze États membres pour les élections européennes. Elle a tendance à faciliter la formation de majorités, mais elle donne aussi une petite prime aux listes les plus fortes.
Sainte-Laguë utilise les diviseurs impairs 1, 3, 5, 7… La Nouvelle-Zélande l’utilise pour répartir ses sièges de liste dans son système proportionnel mixte. Par rapport à Jefferson/D’Hondt, elle réduit la prime des listes arrivées en tête et facilite davantage l’accès au dernier siège pour les listes moyennes. Ce n’est donc pas une proportionnelle “plus vraie”, mais une autre manière d’arrondir des voix en sièges.
Les agrégations sont volontairement limitées : LL-LR Sud et Nord ; UC-FLNKS / FLNKS ; UNI / Palika ; Faire Pays Sud et Nord. Les autres listes restent séparées. Le résultat ne simule donc ni des fusions, ni des retraits, ni des listes communes qui auraient pu apparaître dans une élection réellement dédiée au Congrès.
- Loi organique n° 99-209 relative à la Nouvelle-Calédonie, titre V : composition des assemblées et du Congrès, provinces comme circonscriptions, proportionnelle à la plus forte moyenne, seuil de 5 % des inscrits.
- Résultats complets des provinciales 2026, Haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie.
- ACE Electoral Knowledge Network, Thresholds : présentation comparative des seuils électoraux en part des votes.
- Parlement européen, procédure électorale : exemples de systèmes proportionnels avec seuils en suffrages valablement exprimés.
- European Parliamentary Research Service, Understanding the d’Hondt method : fonctionnement de D’Hondt/Jefferson et usages dans les élections européennes.
- Electoral Commission New Zealand, formule Sainte-Laguë : exemple institutionnel d’utilisation de Sainte-Laguë pour répartir les sièges de liste.
- Cécile Rubichon, NC La 1ère, “Répartition des sièges au Congrès : la province Sud est-elle sous-représentée ?”, 28 mars 2024 : analyse du débat public autour de la clé provinciale et du poids de la Province Sud au Congrès.
- Franceinfo La 1ère, décryptage de l’accord de Bougival
- Assemblée nationale, rapport n° 2579 sur le projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie
Citation
@online{brouillon2026,
author = {Brouillon, Jonas},
title = {Et si on changeait les seuils des assemblées\,?},
date = {2026-07-11},
url = {https://contours.nc/posts/provinciales-2026-congres-proportionnelle-nc/},
langid = {fr}
}