Provinciales 2026 : où les forces politiques ont-elles gagné du terrain ?
Une comparaison 2019–2026 par commune et par bureau de vote, des familles politiques aux listes
Cartes interactives des provinciales de 2019 et 2026 en Nouvelle-Calédonie : où chaque famille politique et chaque liste a gagné ou perdu du terrain, par commune et par bureau de vote, dans les trois provinces.
Provinciales 2026
Cartographie
Bureaux de vote
Auteur·rice
Jonas Brouillon
Date de publication
4 octobre 2026
Le premier bilan des provinciales de 2026 a montré trois grands mouvements : la droite loyaliste s’impose dans le Sud, l’UC repasse devant l’UNI dans le Nord et la compétition se recompose aux Îles. Mais où, exactement, ces changements se sont-ils produits ? Cet article descend à l’échelle des communes et des bureaux de vote pour le voir sur la carte.
Pour chaque province, une carte compare 2019 et 2026, puis deux graphiques suivent les mêmes bureaux d’un scrutin à l’autre. Tout est interactif : on peut choisir une famille politique ou une liste, zoomer sur le Grand Nouméa et survoler chaque commune ou chaque bureau pour lire ses résultats.
+9,5 points
Droite loyaliste dans le Sud
Une progression étendue, jusque dans plusieurs anciens points forts de Calédonie ensemble.
+4,0 points
UC-FLNKS dans le Nord
Le gain provincial masque des avancées très fortes et quelques résistances locales de l’UNI.
−11,6 points
Participation aux Îles
Le recul touche les trois îles et atteint près de 19 points à Ouvéa.
En bref
1 · Sud · droite loyaliste
Dans le Sud, la droite loyaliste progresse presque partout, bien au-delà de Nouméa.
40,6 %→50,1 %
À Farino, elle passe de 37,2 % à 60,9 % ; à Poya Sud, elle atteint 82,7 %. En 2019, cet espace était représenté par l’Avenir en confiance ; en 2026, par LL-LR.
2 · Sud · centre
Le centre recule dans presque tous les bureaux.
109/ 116 bureaux
Chaque point est un bureau présent aux deux scrutins : Calédonie ensemble en 2019, puis les trois listes du centre réunies en 2026. Sous la diagonale, le score baisse. Au total, cet espace passe de 18,5 % à 12,1 %.
3 · Sud · Éveil océanien
L’Éveil océanien gagne du terrain, jusque sur la côte Est.
85/ 116 bureaux en hausse
Il passe de 8,6 % à 10,2 % dans la province. Païta reste son premier appui (22,6 %), mais c’est à Thio qu’il progresse le plus : +13,8 points.
4 · Nord · UC et UNI
Dans le Nord, l’UC repasse devant l’UNI.
UC +4,0·UNI −2,8
Le vote indépendantiste reste stable (80,4 %), mais l’équilibre change en son sein. L’UC progresse le plus à Houaïlou (+18,9 points) et avance à Touho, ancien bastion de l’UNI.
5 · Nord · UNI-Palika
L’UNI garde son axe Poindimié – Touho.
55,1 %
C’est son score à Poindimié en 2026 ; elle obtient 50,7 % à Touho. Le recul provincial de l’UNI ne fait pas disparaître ses bastions.
6 · Îles · abstention
Aux Îles, l’abstention augmente presque partout.
39/ 41 bureaux
Au-dessus de la diagonale, l’abstention progresse. La participation recule de 11,6 points dans la province, et de 18,9 points à Ouvéa.
7 · Îles · Nation autochtone
Maré devient le cœur d’un troisième pôle.
62,8 %
C’est le score de Nation autochtone à Maré. Dans la province, elle obtient 32,2 %, presque autant que l’UC (32,9 %), avec 24,2 % à Ouvéa et 11,8 % à Lifou.
8 · En résumé
Trois provinces, trois recompositions.
Dans le Sud, la droite loyaliste s’étend et le centre se fragmente. Dans le Nord, l’UC prend l’avantage sur l’UNI au sein d’un camp indépendantiste stable. Aux Îles, la participation recule et un troisième pôle s’affirme. Partout, la moyenne provinciale cache des mouvements locaux de sens opposés.
Chaque carte montre une famille politique, une liste ou la participation. Plus la couleur est foncée, plus le score est élevé. Sur la carte « Évolution », le vert signale une hausse entre 2019 et 2026, le rouge un recul.
Communes, la vue par défaut, donne le résultat officiel de chaque commune.
Bureaux place un cercle par lieu de vote, pour voir les différences à l’intérieur d’une commune.
Lissage dessine une surface estimée à partir des bureaux voisins : utile pour repérer de grands ensembles, à lire avec prudence.
Sous chaque carte, un graphique classe les communes et montre l’écart entre leurs bureaux. Plus bas, deux nuages de points comparent les mêmes bureaux en 2019 et en 2026 : un point au-dessus de la diagonale signale une progression. Les détails de méthode sont réunis en fin d’article.
Sud : la droite loyaliste progresse, le centre se fragmente
En 2019, le Sud opposait déjà Nouméa et la côte Ouest, plus favorables à l’Avenir en confiance, aux communes indépendantistes de la côte Est et de l’Île des Pins. Calédonie ensemble pesait dans le centre rural, l’Éveil océanien dans le Grand Nouméa. En 2026, ces contrastes demeurent, mais leur intensité change.
Chargement de la carte de la province Sud…
La droite loyaliste passe de 40,6 % à 50,1 % des suffrages exprimés. Sa progression ne se limite pas à Nouméa : à Farino, elle passe de 37,2 % à 60,9 %, et elle atteint 82,7 % à Poya Sud. À Nouméa, LL-LR obtient 60,5 %, soit +10,1 points de plus que l’Avenir en confiance en 2019.
Le centre recule presque en miroir. Représenté en 2019 par Calédonie ensemble, il se présente en 2026 divisé en trois listes : Une Province pour tous, Nous, réunis ! et Un espoir pour demain. Ensemble, elles passent de 18,5 % à 12,1 %. Le recul est le plus marqué là où la droite loyaliste progresse le plus, comme à Farino (−26,5 points) et à Poya Sud (−26,0 points). Cette coïncidence ne suffit pas à dire que les mêmes électeurs ont changé de vote.
Comparer les résultats bureau par bureau
Le centre n’a pas disparu, il s’est dispersé. Les deux graphiques suivent les 116 bureaux présents aux deux scrutins. À gauche, Calédonie ensemble en 2019 face à Une Province pour tous, la liste qui portait l’étiquette Calédonie ensemble en 2026 ; à droite, face à Nous, réunis !, conduite par Philippe Dunoyer. Les deux listes restent plus fortes là où Calédonie ensemble l’était, mais à un niveau bien plus bas : Une Province pour tous ne fait mieux que Calédonie ensemble que dans 2 bureaux, Nous, réunis ! dans aucun. Les menus permettent aussi de suivre l’Éveil océanien, qui progresse dans 85 bureaux sur 116.
Chargement des nuages de points de la province Sud…
L’Éveil océanien s’étend au-delà de l’agglomération
L’Éveil océanien passe de 8,6 % à 10,2 %. Païta reste sa première commune, avec 22,6 %, mais le changement le plus net se produit à Thio : 19,2 % en 2026, soit +13,8 points depuis 2019. Le parti garde son assise dans l’agglomération et trouve de nouveaux appuis sur la côte Est.
Le vote indépendantiste, lui, progresse légèrement dans la province (+1,4 points), mais pas partout : il monte fortement à l’Île des Pins (+13,3 points) et recule à Thio et à Sarraméa. Une moyenne stable peut cacher des mouvements locaux en sens opposés.
Nord : l’UC avance, sans effacer l’axe UNI
Dans le Nord, le vote indépendantiste reste remarquablement stable : 80,0 % en 2019, 80,4 % en 2026. Le changement se joue à l’intérieur de ce camp : l’UC-FLNKS gagne +4,0 points, l’UNI-Palika en perd 2,8 points.
Chargement de la carte de la province Nord…
L’UC se renforce d’abord là où elle était déjà forte : 69,8 % à Hienghène et 55,9 % à Kouaoua. Sa plus forte progression se produit à Houaïlou (+18,9 points). Elle avance aussi à Touho, ancien bastion de l’UNI, de 25,2 % à 35,5 %. À Ponérihouen, le recul de l’UNI profite à la fois à l’UC et à Alternative Nord : le changement ne se résume pas à un échange entre les deux grandes formations.
L’UNI garde pourtant ses bastions. Elle reste majoritaire à Poindimié (55,1 %) et à Touho (50,7 %), et progresse à Pouébo. La bascule provinciale vient d’une série de gains de l’UC, pas de la disparition de l’électorat de l’UNI.
Comparer les résultats bureau par bureau
Bureau par bureau, la carte de l’UC est très stable : ses meilleurs bureaux de 2019 restent ses meilleurs en 2026, et elle progresse dans 53 des 78 bureaux présents aux deux scrutins. L’UNI ne progresse que dans 30 d’entre eux.
Chargement des nuages de points de la province Nord…
Le camp non indépendantiste se resserre lui aussi. Agissons ensemble pour le Nord obtient 16,3 %, contre 20,0 % pour Agissons et Calédonie ensemble réunis en 2019. Koumac reste son principal point d’appui, avec 51,9 %, mais en recul de 9,2 points.
Îles : une nouvelle tripolarisation, sur fond de démobilisation
Aux Îles, le premier changement n’est pas le score d’une liste mais la participation. Elle recule dans les trois communes : −9,5 points à Lifou, −10,4 points à Maré et −18,9 points à Ouvéa.
Chargement de la carte de la province des Îles…
Parmi les suffrages exprimés, le changement le plus fort vient de Nation autochtone, qui prolonge la liste Dynamique autochtone de 2019. Cet espace passe de 11,0 % à 32,2 %. Son cœur reste Maré, où il atteint 62,8 %, mais il s’étend aux autres îles : 24,2 % à Ouvéa et 11,8 % à Lifou.
Comparer les résultats bureau par bureau
Les graphiques confirment ces deux mouvements. L’abstention augmente dans 39 des 41 bureaux présents aux deux scrutins. Nation autochtone fait mieux que la Dynamique autochtone de 2019 dans 40 d’entre eux, en gardant les mêmes zones de force.
Chargement des nuages de points de la province des Îles…
L’UC-FLNKS reste en tête dans la province avec 32,9 %, mais sa carte se déplace : elle recule fortement à Lifou et progresse de plus de dix points à Ouvéa. Le Palika suit un mouvement en partie inverse, en hausse à Lifou, en baisse à Ouvéa et à Maré. Le vote presque entièrement indépendantiste de la province (97,7 %) recouvre ainsi trois géographies concurrentes, auxquelles s’ajoutent Baselaia, S’engager pour les Îles et l’UCC.
En conclusion : trois provinces, trois recompositions
Vue de près, chaque province raconte une histoire différente.
Dans le Sud, la droite loyaliste devient majoritaire (50,1 %) et progresse jusque dans les communes rurales où le centre était fort. Divisé en trois listes, le centre recule dans 109 des 116 bureaux comparables, tandis que l’Éveil océanien gagne du terrain dans la plupart d’entre eux et trouve de nouveaux appuis sur la côte Est.
Dans le Nord, le camp indépendantiste ne bouge presque pas, mais l’UC repasse devant l’UNI (39,9 % contre 35,7 %), en progressant dans une majorité de bureaux, sans effacer l’ancrage de l’UNI autour de Poindimié et de Touho.
Aux Îles, la participation recule presque partout : l’abstention augmente dans 39 des 41 bureaux comparables. Nation autochtone s’impose à Maré et s’étend à Ouvéa et à Lifou, au point de rivaliser avec l’UC (32,2 % contre 32,9 %).
Partout, la moyenne provinciale cache des mouvements locaux de sens opposés : c’est ce que les cartes rendent visible. Elles montrent où les rapports de force ont changé ; elles ne disent pas comment chaque électeur a voté.
Méthode
Données, cartes et comparaison des bureaux
Résultats. Les résultats de 2026 proviennent des procès-verbaux par bureau publiés par le Haut-commissariat ; ils ont été contrôlés ligne par ligne contre les totaux officiels de chaque liste. Ceux de 2019 viennent des résultats définitifs du même scrutin. Le fichier compte 286 bureaux en 2019 et 297 en 2026. Les bureaux de Lifou installés hors de la province des Îles (un en 2019, trois en 2026) n’apparaissent pas sur les cartes, mais leurs voix sont comptées dans tous les totaux.
Familles et listes. Les familles politiques regroupent des listes comparables d’un scrutin à l’autre ; leur composition est détaillée ci-dessous. Les listes ne se succèdent pas terme à terme : elles sont donc présentées une par une, pour leur seule année. Les couleurs sont réparties en classes qui couvrent chacune une part comparable des communes ou du territoire ; les seuils changent donc d’une carte à l’autre et sont indiqués dans la légende.
Lissage. En option, chaque point de la carte combine les voix et les suffrages des bureaux voisins, pondérés selon leur distance par une courbe gaussienne. La portée est de 12 km dans le Sud et le Nord, de 8 km aux Îles et de 1,5 km dans la vue agrandie du Grand Nouméa, où les lieux de vote sont très rapprochés (0,6 km en médiane entre deux lieux voisins à Nouméa). Au-delà d’une portée du bureau le plus proche, la couleur pâlit ; au-delà de trois portées, la zone reste grise. Les scores sous les années sont toujours des résultats réels, non lissés.
Comparaison des bureaux. Les bureaux changent parfois de numéro ou de lieu entre deux scrutins (Dumbéa a par exemple renuméroté les siens). Un bureau de 2026 est rattaché à celui de 2019 d’abord par son nom, puis par son numéro si les deux noms restent compatibles. 235 bureaux sur 286 sont ainsi comparés ; les autres sont exclus des nuages de points. Un cercle en pointillé signale un bureau dont le nombre d’inscrits a varié de plus de 40 %. La correspondance complète est publiée avec les données de l’article.
Localisation des bureaux. Les bureaux sont placés sur leur lieu de vote. Pour 59 bureaux de 2026 (renumérotés, déplacés ou mal placés dans le référentiel initial) et 13 bureaux de 2019, la position a été corrigée à partir des établissements et bâtiments publics de la Nouvelle-Calédonie, et, pour deux cas, d’OpenStreetMap. 6 lieux de 2026 n’ont pas pu être retrouvés (Niminra à Kouaoua, Ouégoné à Ouégoa, l’ancienne mairie de Poya) : ils gardent leur position précédente. Ces corrections ne modifient que l’emplacement des bureaux sur les cartes, jamais les résultats.
Précautions. Les familles politiques sont des regroupements : l’ancien centre sudiste, par exemple, s’est présenté sous plusieurs listes en 2026. Une baisse et une hausse au même endroit ne prouvent pas qu’un électeur est passé d’une liste à l’autre : le corps électoral, la participation et l’offre politique ont eux aussi changé.
Regroupements politiques utilisés
Dans le Sud, le bloc indépendantiste agrège en 2019 le FLNKS, le Parti travailliste et le MNIS, puis en 2026 Kanaky pour tous, Unis pour le Pays et SKNC. La droite loyaliste compare l’Avenir en confiance à LL-LR. Le centre compare Calédonie ensemble aux trois listes de centre non-indépendantiste de 2026. L’Éveil océanien et la droite nationale sont isolés.
Dans le Nord, l’UC-FLNKS et l’UNI-Palika sont suivies séparément. « Autres listes indépendantistes » compare PT et MNIS en 2019 à Alternative Nord en 2026. Le pôle non-indépendantiste additionne Agissons et Calédonie ensemble en 2019, puis Agissons ensemble pour le Nord en 2026. Faire Pays reste hors du bloc indépendantiste historique, conformément au classement retenu dans le premier bilan.
Aux Îles, l’UC-FLNKS, l’UNI-Palika et la Dynamique autochtone/Nation autochtone sont distinguées. Les autres listes indépendantistes sont regroupées pour fournir un repère comparable, sans suggérer qu’elles constituent une même organisation. Le petit pôle non-indépendantiste compare Avec nous et Calédonie ensemble en 2019 à Un nouveau souffle en 2026.